21 août 2009

Guiyang, le 21 août

Et me voilà à 8h30 assise à la table 7, à attendre tranquillement que mon adversaire Wang quelque chose arrive et daigne m'écraser. Comme la première ronde est tirée au sort et que le niveua global est beaucoup plus élevé que le mien, je nourris peu d'espoirs ; Eric et moi avons décidé de viser le 3/11. Mais il faudra quand même que je joue de mon mieux, parce que
- si je joue n'importe comment, je passerai le reste du tournoi à m'en vouloir et à jouer n'importe comment
- on ne sait jamais, peut-être que je peux quand même battre l'autre, après tout on est deux êtres humains qui jouent au même jeu, le niveau ça veut rien dire
- quand je serai de retour à Shanghai j'essayerai de faire commenter mes parties alors il n'est pas question que j'aie à avoir honte de mes propres coups.
Mais le prof d'anglais en passant par là (en réalité il est prof de linguistique appliquée mais qu'est-ce que ça change ?) il me dit que le joueur qui va jouer avec moi est un champion très fort. Un autre joueur qui jette un oeil aux noms sur la table me dit que je vais devoir affronter un grand champion. Sendi arrive et elle me dit qu'apparemment, c'est un champion que je vais devoir jouer. Un champion de quoi ? Personne ne peut me le dire, mais son niveau est très élevé.

Il finit par arriver. Il est jeune et porte un tee-shirt rose. Il joue très calmement, réfléchit même au premier coup, et ne lève pas un instant les yeux de la partie. Il y a des gens qui prennent des photos et ça me met mal à l'aise. Il joue bien, très proprement, mais moi je me promets de faire de mon mieux quand même. Au coup 39, il sort un super tesuji qui me démoralise un peu, mais je tiens bon : j'ai promis de ne pas me laisser impressionner, hein ? Mais au milieu de la partie, alors que je pense mener, il s'absente pendant un quart d'heure. Moi j'attends, j'attends, de nombreuses personnes observent le plateau avec un air circonspect. Je compte : j'ai 80 points de retard !!! Je commence à me décourager et j'attends qu'il revienne pour abandonner. Dix minutes passent, puis je recompte : en fait, je ne suis pas en retard. Comment j'ai pu me laisser intimider au point de ne plus savoir compter du tout ?

Bon, finalement, il a envahi mon moyo et tué un petit groupe, j'ai dû abandonner parce qu'il avait 20 points d'avance. C'est dommage, surtout que je suis pas sûre que je ne pouvais pas gagner la partie si je n'avais pas mieux géré mon stress. Qui sait ? En tous cas, ce chatouillis au coeur quand je joue en compétition, cette pression intense qui bat sous mes tempes, ce tremblement de mes mains quand je prends les pierres, ce sont des plaisirs dont je devrais me passer si je voulais vraiment progresser au Go et savoir prendre mes distances par rapport à la partie.

Ce n'est qu'en fin de journée que j'apprends que mon adversaire du matin est 7 dan et champion amateur national 2009. Bon, j'ai bien fait de perdre.

L'après-midi, je perds aussi. Je ne m'inquiète pas trop, je recopie mes parties dans mon cahier de kifu - ce que je n'ai jamais fait avant, c'est dire ma détermination à progresser - et je me rends compte que les petits de 8 ans qui massacrent tout le monde copient aussi leurs parties. Eric me dit que c'est obligatoire dans les écoles de Go. Bon.

On papote avec les Coréens, on va faire une balade, je rencontre des Chinois de Suzhou, puis je joue la troisième ronde. J'aime vraiment ce chatouillis au coeur. J'aime vraiment entendre claquer les pierres autour de moi, à une irrégularié inhumaine, comme les cliquetis d'insectes de jade et de verre copulant sur des morceaux de bois. Le temps est différent. Quand je regarde l'heure sur la montre de mon adversaire, ça ne veut plus rien dire. La seule heure qui compte est celle qu'affiche la pendule. Est-ce que cette boule dans le bas de mon ventre veut dire que j'ai perdu, ou que je ne digère pas bien la cuisine de l'hôtel ?

Bon, j'ai perdu. Mon adversaire, un vieux monsieur souriant, accepte de revoir la partie. Il a l'air assez populaire et rapidement je me retrouve entourée d'une demi-douzaine de Chinois qui revoient chacun de nos coups à grand fracas. Quand je rejoue un mauvais coup, ils sourient ou rient franchement, et comme je ne sais pas me défendre en chinois, ça me met mal à l'aise. Il faut que je m'améliore, au Go et en chinois, parce qu'à force de me faire mordre l'amour-propre je finirai par n'en plus avoir que la peau sur les os.

Posté par edwondimariel à 16:46 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Guiyang, le 21 août

    bizzzz

    Marie, olivier, Mourad et Pierre te saluent de retour du Pantin

    Posté par pierre, 23 août 2009 à 02:33 | | Répondre
  • Ooo

    Ca fait super plaisir !!! Fais un gros bisou à tout le monde de ma part ! Le Pantin me manque déjà... Ca a rien à voir les clubs ici...

    Posté par Shanti, 24 août 2009 à 02:21 | | Répondre
  • Il semble que cet article a été publié en double.

    Posté par Bovido, 04 septembre 2009 à 13:18 | | Répondre
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