29 août 2009

Shanghai, le 29 août

Vendredi matin, j’ai traîné au lit pour la première fois. Je commence sans doute à m’habituer à la chaleur, ou c’est que le Go ne me motive plus autant. J’ai envoyé quelques mails pour savoir où et quand je pourrais loger après la rentrée, puis j’ai – encore – mangé un macdo. Je pensais suivre le cours de 14h à Gongren wenhua gong, mais j’ai attendu en vain, personne n’est venu. Alors je suis allée à Penglai Gongyuan, mon coin de paradis, et le prof m’attendait déjà ; il tenait à me commenter une partie perdue quelques heures plus tôt sur le net. Puis il m’a présenté un de ses élèves du groupe B, un petit bonhomme tout rond qui souriait comme un bouddha avec d’immenses oreilles. Il a gagné d’1,5 points au terme de deux heures de combat acharné. Le prof m’a dit que le soir, il y aurait d’autres élèves du même niveau au cours. Il ne m’avait d’abord pas parlé du groupe B, pensant probablement que le niveau du groupe A serait assez élevé pour moi. Bon. Je suis restée toute la journée au Penglai.

Le soir, j’ai joué contre un petit 4d de sept ans au regard féroce. Pendant la partie, un jeune homme est arrivé et s’est mis à jouer, juste à côté de moi, une partie à trois pierres contre un garçon de mon niveau. Il levait de temps à autre un regard moqueur vers ma partie.

Il me parle ; on engage la conversation, il me dit que pour quelqu’un qui a seulement passé un mois en Chine, mon niveau n’est pas trop mauvais ; je lui explique que j’étudie déjà depuis deux ans. Deux ans ? Il redescend ses petits yeux sur sa partie en riant. Je m’offusque : il doit avoir quelques années de plus que moi et ne parle même pas anglais. Et puis ça veut dire quoi, avoir honte de son niveau en langues ? Rouge de colère, je perds ma partie. Il la commente : j’ai perdu sur deux erreurs  de yose. Son niveau est excellent dans toutes les facettes du jeu ; il n’y a qu’en lecture que je le rejoins. Le lendemain, je questionne laoshi1 : le jeune homme est en fait un élève de sa première fournée, il y a quinze ans. Il est maintenant 6 dan.

En visitant les trois écoles, j’ai vite compris que les professeurs laissaient une empreinte lourde sur le style de jeu de leurs élèves. Pour laoshi1, l’influence avant tout ; on fait un immense moyo ou, si l’adversaire est de la même école, deux grands moyos qui se marient et font beaucoup d’enfants. Chez laoshi2, c’est josekis et territoires ; on compte les points de chaque échange. Pour laoshi3, le plus important c’est la lecture, et tous ses élèves lancent des combats compliqués dont eux seuls connaissent l’issue. Un jour, j’ai joué une séquence de laoshi1 au cours de laoshi2, qui m’a critiquée devant toute la classe. Le lendemain, j’ai rapporté  un tsumego de laoshi3 au cours de laoshi1, qui m’a expliqué que c’était la dernière des priorités dans l’étude parce qu’on peut lire aussi bien que son adversaire, tandis que les points dépendent des connaissances techniques. Bon.  Le jeune 6 dan quant à lui a des formes légères, des attaques précises, il joue beaucoup sur les kos et les échanges. Il a dépassé le niveau de son maître en se trouvant un style propre. Appelons-le laoshi4.

Samedi matin, j’ai reçu un coup de fil de l’école primaire où je donnerai des cours d’anglais. Ils ne sont pas encore prêts à m’accueillir et me demandent de rester à l’appart pour une durée indéterminée. Mercredi, j’irai rencontrer le directeur. Le bon côté des choses, c’est que j’ai enfin le nom et l’adresse de l’école…

J’ai essayé de retirer de l’argent mais je n’ai pu prendre que 500rmb. La machine me disait de contacter ma banque. Ca m’inquiète un peu, il est beaucoup trop tôt pour être fauchée. Bon, si vous m’aimez bien et que vous prenez du plaisir à parcourir ces lignes, contactez-moi en privé, je vous donnerai mon numéro de compte… Je rigole bien sûr =)

Je suis retournée au Penglai Gongyuan. J’ai encore joué sur Internet, puis contre d’autres élèves de mon niveau. J’ai battu deux fois un vieux monsieur qui est revenu dix minutes plus tard avec d’autres adultes du parc – ses copains. L’un d’entre eux, qui était apparemment le plus fort, m’a regardée de haut (un Chinois qui me regarde de haut : je rêve ?) et m’a dit que mon niveau était excellent (j’arrête pas d’entendre cette phrase, y compris de 7d coréens), puis il a tourné les talons. Un autre, le papa du 4d de 7 ans, a voulu jouer contre moi, heureusement laoshi1 est arrivé et a décrété qu’il était temps d’aller souper.

Un vieux monsieur  m’a expliqué à grand-peine que le prof de laoshi1 viendrait donner cours demain matin. Il a 80 ans et il a compris la philosophie du Go, contrairement à nous qui ne marchons pas sur la Voie… Bon, la philosophie du Go ça m’intéresse peu, mais ça a l’air important pour les vieux de Penglai ; pour moi le plus important c’est que ce laoshi1² parle anglais.

En revenant du club de Go j’ai vu les tarifs des cours. C’est pas si gratuit que ça, finalement. Jouer au Go dans mon coin de paradis, ça me coûtera le même prix qu’à Bruxelles. Mais sans mon coin de paradis Shanghai m’ennuie un peu…

Dans la soirée, j’ai battu deux fois de suite un petit 1 dan. C’est probablement mon niveau pour le moment. En tant que Chinoise j’en aurais honte, mais en fait, j’en suis plutôt fière.

Posté par edwondimariel à 16:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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