24 août 2009
Guiyang, le 23 août
Journée de repos : ce matin, nous prenons des grands cars pour aller visiter une vallée. Derrière moi, les interprètes et les Coréens échangent du vocabulaire KorChinGlish avec difficulté. Moi, je regarde par la fenêtre parce que la campagne m'offre son spectacle majestueux : des liserons violet vif qui s'entortillent sur les tiges de maïs, des azalées délicates entre les plants de courges qui dissimulent de grandes fleurs nonchalantes, des gros tournesols qui baissent la tête avec mélancolie au bord des rizières étagées; Des petites collines ont été déposées sur la plaine et coiffées d'arbres sombres. Des serpents de lierre clair grimpent des pans de roche grise.
Dans le car, il y a une guide chinoise avec un micro. elle parle beaucoup et elle chante de temps à autre, pas très juste.
Une heure plus loin, le paysage se compose essentiellement de rizières et de fougère tendre sur les collines qui se font montagne. Par endroits, les différentes sortes de plantes cultivées en terrasses s'alternent, de vert en vert ; dans d'autres valleés le riz s'étend à nos pieds de part et d'autre de la route ; nous roulons sur un grand brise-lame qui fend une mer de vaguelettes émeraude.
Nous débarquons enfin à l'entrée d'une immense vallée, au bord d'une rivière parcourue de canoés. Il y a des fleurs, des papillons grands comme la main, aux ailes découpées de délicats motifs. Il fait sec et lumineux, mais d'immenses parois à pic nous cachent une partie du ciel. Nous passons devant un tunnel où sont exposées des photos de paysages et de femmes nues, puis nous montons des escaliers ombragés par de grands bambous et des glycines sauvages. Je n'arrête pas de pousser bêtement des "oh !" émerveillés.
A midi on doit regarder un spectacle de danses traditionnelles des minorités ethniques et la bouffe est aussi dégueu qu'à l'hôtel. Une fois de plus je me nourris essentiellement de riz et de chou vapeur. Puis nous reprenons notre marche entre les rideaux translucides des jeunes bambous. Pendant toute l'après-midi, je remplis mes yeux d'images immenses de lumière et d'émeraude. Je ne me lasse pas de m'écrier que c'est merveilleux devant chaque papillon.
J'ai fondu d'admiration devant un endroit où, la pente de la falaise s'étant adoucie, des arbres au feuillage léger déferlaient jusqu'à la rivière ; leur cîme était frôlée par les rayons indolents du soleil.
Plus loin, des jeunes hommes en caleçon pêchaient à la ligne sur de gros rochers ; c'était aussi inattendu que le tunnel aux femmes nues. Nous sommes rentrées en téléphérique et en car. Le chauffeur nous a mis un karaoke mais personne ne chantait parce que la guide s'était endormie. Il a passé d'abord une heure et demie de chansons d'amour niaises et doucereuses, puis une heure et demie de chants de propagande chinois. Pendant ce temps, on faisait des tsumegos avec les Coréens, c'est-à-dire qu'ils nous désignaient les tsumegos (les faciles pour moi, les difficiles pour la petite fille chinoise) et corrigeaient nos solutions. Naturellement, ils se moquaient de moi à chaque erreur et même quand je ne me trompais pas ils riaient de me voir si fière d'avoir trouvé la solution.
Au souper vers 21h, Scott m'a fait boire plein d'alcool de riz, mais quand même pas assez pour m'empêcher d'avoir envie de jouer avec son ami Zhuang Wei. J'ai gagné, j'ai gagné ! J'ai gagné à quatre pierres contre un potentiel adversaire de tournoi sans handicap...
Guiyang, le 22 août
Dernière table, tout au bout de la salle. Mon adversaire est une petite fille de dix ans. Cette fois je ne dois pas perdre. Si je perds à la dernière table, qu'est-ce qu'ils vont faire de moi ? Est-ce qu'ils me jetteront dans le lac ?
Je perds. Elle me commente la partie. Une petite fille de dix ans me donne un cours de Go. Je bois ma honte. Je sors de la salle déprimée, anéantie. Eric essaie de me rassurer : même les enfants jouent depuis plus longtemps que moi, et ils s'entraînent tous les jours avec des 5d, je n'ai aucune chance de toutes façons car le niveau est trop haut... Ce ne sont que des paroles, rien n'y fait. Je suis nulle au Go, je suis la plus nulle du tournoi, et tous ceux qui viennent regarder mes parties repartent déçus.
Découragée de recopier bêtement mes parties, je vais sur la terrasse admirer le lac, et soudain tout devient plus clair. L'eau étendue à perte de vue, les collines entreposées à l'arrière, tout ça n'a pas été placé là par hasard. Pourquoi je vis ? Pour me lamenter sur mon niveau au Go ? Quelle place a le Go dans ma vie ? C'est un jeu. J'aime ce jeu ? Oui, parce que c'est un jeu. J'aime la manière dont les groupes se faufilent comme de longs serpents ou s'imposent tels de puissants tigres sur un petit carré de bois. J'aime ça, mais pas au point de gâcher mon voyage parce que j'ai encore perdu. Les vaguelettes apaisent mon coeur. Je dois garder le moral jusqu'à la fin du voyage.
Bon, l'après-midi j'ai eu une nouvelle chance de ne pas être jetée dans le lac, mais j'ai encore perdu. Alors le soir, en guise de punition, l'arbitre m'a annoncé que j'avais un bye : je gagne une partie sans la jouer !!! C'est encore plus nul que de jouer et perdre... Je me fâche et j'annonce à l'arbitre que si c'est comme ça, il n'a qu'à jouer sept parties avec moi. Il s'exécute. La vie est belle.
Plus tard, les Coréens sont venus jouer aux cartes avec nous. Il n'y a pas grand-chose d'autre à faire par ici. Les promenades sont sympas, mais il n'y a rien à des kilomètres à la ronde, et puis la nourriture est pas bonne et les chambres sont pas terribles. Acheter un jeu de cartes, c'était notre seule chance de ne pas jouer au Go. Pour un petit groupe d'étrangers qui ne savent pas communiquer entre eux, le jeu, c'est précieux.
21 août 2009
Guiyang, le 21 août
Et me voilà à 8h30 assise à la table 7, à attendre tranquillement que mon adversaire Wang quelque chose arrive et daigne m'écraser. Comme la première ronde est tirée au sort et que le niveua global est beaucoup plus élevé que le mien, je nourris peu d'espoirs ; Eric et moi avons décidé de viser le 3/11. Mais il faudra quand même que je joue de mon mieux, parce que
- si je joue n'importe comment, je passerai le reste du tournoi à m'en vouloir et à jouer n'importe comment
- on ne sait jamais, peut-être que je peux quand même battre l'autre, après tout on est deux êtres humains qui jouent au même jeu, le niveau ça veut rien dire
- quand je serai de retour à Shanghai j'essayerai de faire commenter mes parties alors il n'est pas question que j'aie à avoir honte de mes propres coups.
Mais le prof d'anglais en passant par là (en réalité il est prof de linguistique appliquée mais qu'est-ce que ça change ?) il me dit que le joueur qui va jouer avec moi est un champion très fort. Un autre joueur qui jette un oeil aux noms sur la table me dit que je vais devoir affronter un grand champion. Sendi arrive et elle me dit qu'apparemment, c'est un champion que je vais devoir jouer. Un champion de quoi ? Personne ne peut me le dire, mais son niveau est très élevé.
Il finit par arriver. Il est jeune et porte un tee-shirt rose. Il joue très calmement, réfléchit même au premier coup, et ne lève pas un instant les yeux de la partie. Il y a des gens qui prennent des photos et ça me met mal à l'aise. Il joue bien, très proprement, mais moi je me promets de faire de mon mieux quand même. Au coup 39, il sort un super tesuji qui me démoralise un peu, mais je tiens bon : j'ai promis de ne pas me laisser impressionner, hein ? Mais au milieu de la partie, alors que je pense mener, il s'absente pendant un quart d'heure. Moi j'attends, j'attends, de nombreuses personnes observent le plateau avec un air circonspect. Je compte : j'ai 80 points de retard !!! Je commence à me décourager et j'attends qu'il revienne pour abandonner. Dix minutes passent, puis je recompte : en fait, je ne suis pas en retard. Comment j'ai pu me laisser intimider au point de ne plus savoir compter du tout ?
Bon, finalement, il a envahi mon moyo et tué un petit groupe, j'ai dû abandonner parce qu'il avait 20 points d'avance. C'est dommage, surtout que je suis pas sûre que je ne pouvais pas gagner la partie si je n'avais pas mieux géré mon stress. Qui sait ? En tous cas, ce chatouillis au coeur quand je joue en compétition, cette pression intense qui bat sous mes tempes, ce tremblement de mes mains quand je prends les pierres, ce sont des plaisirs dont je devrais me passer si je voulais vraiment progresser au Go et savoir prendre mes distances par rapport à la partie.
Ce n'est qu'en fin de journée que j'apprends que mon adversaire du matin est 7 dan et champion amateur national 2009. Bon, j'ai bien fait de perdre.
L'après-midi, je perds aussi. Je ne m'inquiète pas trop, je recopie mes parties dans mon cahier de kifu - ce que je n'ai jamais fait avant, c'est dire ma détermination à progresser - et je me rends compte que les petits de 8 ans qui massacrent tout le monde copient aussi leurs parties. Eric me dit que c'est obligatoire dans les écoles de Go. Bon.
On papote avec les Coréens, on va faire une balade, je rencontre des Chinois de Suzhou, puis je joue la troisième ronde. J'aime vraiment ce chatouillis au coeur. J'aime vraiment entendre claquer les pierres autour de moi, à une irrégularié inhumaine, comme les cliquetis d'insectes de jade et de verre copulant sur des morceaux de bois. Le temps est différent. Quand je regarde l'heure sur la montre de mon adversaire, ça ne veut plus rien dire. La seule heure qui compte est celle qu'affiche la pendule. Est-ce que cette boule dans le bas de mon ventre veut dire que j'ai perdu, ou que je ne digère pas bien la cuisine de l'hôtel ?
Bon, j'ai perdu. Mon adversaire, un vieux monsieur souriant, accepte de revoir la partie. Il a l'air assez populaire et rapidement je me retrouve entourée d'une demi-douzaine de Chinois qui revoient chacun de nos coups à grand fracas. Quand je rejoue un mauvais coup, ils sourient ou rient franchement, et comme je ne sais pas me défendre en chinois, ça me met mal à l'aise. Il faut que je m'améliore, au Go et en chinois, parce qu'à force de me faire mordre l'amour-propre je finirai par n'en plus avoir que la peau sur les os.
20 août 2009
Guiyang, le 20 août
Je continue à adorer la sensation de l'avion qui décolle. Le moment où, assise dans mon siège inconfortable, serrée entre mes voisins inconnus, je sens soudain mon corps s'incliner vers l'arrière et rebondir tendrement au rythme de l'avion. La pression qui enserre ma tête, ce sont les mains des anges qui me portent vers le ciel, des mains fortes et délicates qui m'emmènent ailleurs. Les enfants crient, je regarde par le hublot ; peu à peu le sol s'éloigne et les maisons deviennent des maisons de légo, de playmobil, puis de minuscules maisonnettes de monopoly. Les nuages se referment sous nous en un océan de coton blanc, et le monde n'existe plus ; il n'y a plus que moi, mes voisins, les hôtesses, le petit monde en boîte de conserve pour quelques heures.
C'est dans le vol Bruxelles-Beijing que j'ai vu un des plus beaux paysages de ma vie. Je m'étais réveillée par hasard au milieu de la nuit et, sans bouger d'un poil dans ma couverture d'avion trop mince et trop petite, j'ai glissé un oeil par la fenêtre. J'ai eu la surprise de voir la mer de nuages déchirée en un grand trou, et sous ce grand trou, tout le paysage était couvert d'un mince film de neige immaculée. On ne voyait de tout en haut que l'ombre grise des chaînes montagneuses qui froissaient de leur relief le papier blanc du sol. D'ici en haut, on ne voyait la Terre que comme un mouchoir chiffoné. Plus loin, la neige avait laissé l'herbe étaler ses lambeaux, et on voyait de temps à autre une route sinueuse comme un spaghetti tombé sur la table, qui indiquait que le relief était probablement plus capricieux qu'on ne pouvait le deviner du haut de notre petit monde. Nous survolions les plaines de Mongolie et tout l'avion dormait pourtant. Puis l'océan de nuages a recouvert la Terre et j'ai replongé moi aussi dans mon sommeil de coton.
Bon, là, rien à signaler à part une heure de retard, et puis l'atterrissage en douceur, le monde reprend ses proportions et j'y reprends ma place. A l'arrivée, bonne surprise : une interprète chinois-français a été désignée pour me prendre en charge toute la semaine du tournoi et elle partage même ma chambre. C'est le top du top !!! Elle s'appelle Sendi, elle est super sympa, elle termine un master de traduction vers l'anglais et le français. Donc elle a presque mon âge.
Guiyang est presque aussi beau que Guilin. Le temps y est plus sec - pour la première fois depuis que je suis en Chine, je ne sens pas perler la sueur dès que je sors - et ici, les collines verdoient de la tête au pied. On voit pousser en mosaïques irrégulières des tournesols, du maïs, des arbres fruitiers et même des cactus, mais surtout des rizières étagées dont les tiges vertes ploient sous le vent léger. L'hôtel, qui est aussi le lieu du tournoi, est situé en pleine campagne ; à trois kilomètres de là, dans le village le plus proche, on a dû s'arrêter pour laisser passer un troupeau de buffles (heurter un buffle peut vous coûter très cher). De grands lacs s'étendent autour des collines et celui dont la plage est au pied de notre hôtel m'a l'air aussi grand que la Belgique entière. Devant notre hôtel, des drapeaux de toutes les couleurs bordent le chemin et de grans ballons rouges signalent à des kilomètres à la ronde qu'il y a ici un tournoi de Go.
On est environ 150 à participer au tournoi. Je sympathise tout de suite avec la guide, mais aussi avec son prof d'anglais, qui est un joueur très fort. On participe à un grand banquet de bienvenue ; Sendi traduit tous les discours dans le micro, et puis je me rends compte que je suis la seule à ne pas parler chinois. Le syndrôme de l'Européenne superstar reprend : pendant le repas, plusieurs tables se déplacent vers la nôtre pour trinquer avec moi. Je suis très mal à l'aise et puis je bois de l'alcool de riz et ça va de mieux en mieux.
Plus tard, on a une réunion pour expliquer les règles, et j'en profite pour jouer avec quelques Chinois qui passent par là. Le premier, qui affirme être très faible, m'écrase trois fois d'affilée sans handicap. Le second, qui admet être plus fort, m'écrase à 5 pierres, puis décide qu'il est temps d'aller dormir parce que demain on doit jouer trois rondes. Tous les jours on doit jouer trois rondes en fait. On doit jouer onze rondes avec 75 minutes chacun ; ça va être long et éprouvant, mais je ferai de mon mieux parce que je représente la Belgique !!! Et puis parce qu'une superstar, ça doit assurer...
Après, les Coréens arrivent. Ils sont 3, ils sont 7d, ils sont jeunes et dans la force de l'âge, et ils ne parlent ni anglais ni chinois. Marie à la rescousse : j'ai un super dico de traduction coréen-chinois électronique ! Bon, vous voyez que c'était pas une dépense inutile...
19 août 2009
Shanghai, le 19 août
Ce matin j'ai rejoint avec impatience mon petit coin de paradis. Le parc s'appelle Penglai Gongyuan, la petite cabane où on joue au Go a un site : http://www.penglaiweiqi.com/ et c'est mon refuge, mon jardin, mon paradis bien avant la mort. Dans ce parc l'air n'est pas rempli de brume lumineuse, c'est le soleil qui brille en personne sur les tapis de fleurs multicolores ; par les nombreuses fenêtres ouvertes de la petite maison blanche, on peut voir les oisillons voler du lilas au bambou, du bambou à l'osmanthus. Le parc n'est pas bien grand, mais on pourrait se balader longtemps dans les petites allées secrètes qui contournent les pièces d'eau et sur les petits escaliers de pierre qui grimpent la colline artificielle. Les fleurs de lotus s'épanouissent calmement avec une beauté régulière et pure ; sur les dalles de pierre chauffées par le soleil, un calligraphe trace des caractères avec de l'eau. Des petits pavillons à la mode chinoise se dressent au bord de la route de temps à autre, à une distance juste suffisante pour que le pavillon des chanteurs d'opéra ne dérangent pas celui des vieux qui papotent en s'éventant, et que celui des vieux qui jouent aux échecs ne dérange pas celui des couples qui dansent. Même le bruit des klaxons et des grues ne traverse pas le rempart épais qui entoure le jardin. Des murets blancs traversent les parterres, troués de portes rondes, et donnent une impression d'intimité et de familiarité. Au centre du parc il y a une grande maison de thé.
Bon, moi j'arrive vers 10h, et mon prof est déjà là. Il joue sur Internet - les joueurs de la petite maison blanche jouent beaucoup sur Tygem, où le jeu est plus orienté coups de formes instinctifs et blitz que ce que je connais. Le prof n'est pas très bavard, mais chaque fois que je lui propose une partie son visage s'illumine, et quand je lève les yeux vers lui il me lance toujours un sourire rayonnant. Je joue aussi avec deux petits garçons de 10 ans qui sont aussi forts que moi. Pour la première fois que je suis seule, je mange à la même table que d'autres personnes. Pas de chance, mon petit dico électronique n'a plus de batterie, si bien que la conversation se résume à ce que je suis capable de dire et qui est potentiellement intéressant pour le prof.
Vers 15h, on commence à parler de Go, je lui montre ce que j'ai appris à l'autre école, il me montre des fusekis et m'explique des trucs de direction. Pendant une heure il me montre des coups intéressants en maugréant des commentaires dans un chinois incompréhensible.
A 16h, je quitte la petite maison blanche, je traverse un petit morceau du quartier ouvrier de Shanghai, la poussière, le bruit, les klaxons, le vélo électrique qui m'a presque renversé, le marché aux poissons où on me propose d'énormes crevettes grises qui sautillent dans la grande bassine rouge...
Arrivée à l'école de Go un peu en avance, le prof me fait jouer contre un de ses élèves qui a mon niveau et peut-être 8 ans. Les petits Chinois qui jouent avec moi ont la particularité de marmonner dans leur menton, sans doute sans s'en rendre compte. C'est mignon mais parfois ça me fait rire =)
J'ai joué sérieusement et j'ai quand même failli me faire battre. Finalement, je gagnais, quand on a dû s'arrêter pour suivre le cours. La première heure était consacrée au commentaire de notre partie - ce à quoi je ne m'attendais pas du tout. Mais d'abord, syndrôme de l'européenne superstar : le prof donne un petit discours où je crois comprendre quelques phrases étonnantes : MaLi joue bien au Go, elle est étrangère et c'est rare les étrangers qui viennent en Chine étudier le Go, c'est rare aussi de voir une élève aussi sérieuse... Je rougis, je suis bien contente de ne pas comprendre le reste. Les enfants me regardent toujours avec de grands yeux fascinés, mais derrière moi j'entends les adultes (des joueurs plus forts et les parents des enfants) dire des choses que je ne comprends pas. Parfois, ça me met mal à l'aise. Plus tard, quand les enfants jouent avec moi, j'ai carrément envie de disparaître sous ma casquette. J'entends fuser des "Comment peut-elle se prétendre 1d ?" mais je ne sais pas comment l'interpréter, je n'ai aucune idée de mon vrai niveau. Je suis peut-être 1k. Le tournoi me le dira. Je pourrai même m'acheter un diplôme.
Après, le prof nous donne un cours de tsumego ; je résous le premier sans trop de mal alors il me fait venir au tableau et je me retrouve, rouge comme une pivoine, à montrer les coups à une ribambelle de gosses de 5 ans. J'ai vraiment envie de disparaître dans un trou de souris, mais rien à l'horizon. Il me lance des fleurs. Je me promets de ne pas résoudre les deux problèmes suivants - et je tiens ma promesse.
Un jeune homme me propose une partie. Il me tend les pierres noires, sous-entendant que je suis plus faible que lui. Je rigole, c'est une blague ? Il est mignon, il a de l'assurance, tout le monde lui parle avec respect, le prof lui demande son avis ; il doit être beaucoup plus fort que moi !!! Alors il me donne les pierres blanches. Bon, je n'arrive pas à m'expliquer ; pour ne pas perdre la face, il va falloir faire de mon mieux.
Quel malentendu... Je joue, je joue aussi bien que je peux... Il se tient droit, il ne quitte pas le plateau des yeux ; moi, je reprends ma sale manie d'être stressée par sa simple présence, il n'y a que quand les enfants passent nous regarder et nous encourager que je me détends un peu. Je lui mène pourtant la vie dure, il fait une petite erreur de lecture, mais je suis très en retard, et je laisse mourrir le gros groupe qui aurait dû me rattraper... avec un ridicule mémorable.
C'est ce moment que choisit mon voisin pour m'annoncer qu'il suivra ma progression au tournoi de Guiyang sur Sports TV. C'est une blague ??? Le tournoi est retransmis sur une chaîne nationale ? La mort !!!!
Je rentre vers l'appart catastrophée et un peu désespérée. Je passe au lavoir : mes vêtements ne sont pas prêts. La dame m'explique tant bien que mal qu'elle pensait pouvoir me les remettre demain. Mais demain matin je suis à l'aéroport !!! Heureusement son fils parle mandarin - ce qui m'épargne de devoir mimer l'avion avec les bras. Très obligeamment, son mari me propose de venir livrer le linge chez moi dès qu'il sera repassé - et à peine ai-je fini de manger qu'on sonne en effet à ma porte. Les Chinois, je vous adore.
Shanghai, le 18 août
Ce matin, je me sentais mieux. Le petit déjeûner est mieux passé (un guide m'a expliqué une fois que ces petites galettes étaient destinées aux bébés, mais bon, ça au moins je digère) et je me suis perdue dans le métro. Je suis arrivée dans le petit parc vers 10h et j'ai battu le prof deux fois d'affilée à 5 pierres, ce qui veut dire que j'ai mieux joué qu'hier, peut-être grâce au cours ou parce que je me sens mieux dans mon environnement, et puis j'ai laissé gagner la petite fille qui était toute contente. J'avais pris mon gros dico pour qu'elle puisse me parler sans difficulté, mais bon, mes pauvres petites épaules ont bien réalisé que ce n'était pas la solution idéale. Je voulais prendre un métro pour rentrer à l'appart. Je ne trouvais plus la station. J'ai demandé quatre fois mon chemin, et je remarchais tout le temps sur mes pas, on me disait que la ligne 8 était au nord, puis que la ligne 4 était à l'ouest, puis que la ligne 8 était à l'est, puis il y avait ces travaux qui m'empêchaient de marcher sur le trottoir, ces machines dont le bruit m'assourdissait, cette poussière qui me brouillait la vue... Ma sueur se couvre de poussière, une crasse boueuse qui m'agace, je cherche toujours cette station de métro qui n'est nulle part, j'en ai marre, et puis je me retrouve dans un taxi avec la super clim et le sourire du chauffeur.
Je laisse passer quelques secondes. La première adresse qui me passe par la tête : Nanjing Dong Lu. Emmène-moi faire du shopping. Garde-moi au frais dans ton taxi bien lavé. Laisse-moi observer par la fenêtre les ouvriers qui font la sieste sur le sol poussiéreux. Garde-moi à l'abri des regards inquisiteurs. Laisse-moi faire mon boulot de touriste occidentale riche et frimeuse, laisse-moi vider ma carte de crédit dans les librairies chinoises... Garde-moi encore un peu sous tes ventilateurs...
Bon, finalement je rentre à l'appart délestée de 2000 yuans, et, boute-en-train infatigable (oui oui c'est vraiment l'impression que j'ai, dingue non ? Je ne fais pourtant rien de mes journées...) je pars à la recherche d'un lavoir. Je marche je marche, je demande mon chemin, je tombe encore sur des gens qui ne parlent pas mandarin, je me retrouve au milieu d'un immense marché couvert où il n'y a certainement pas de machine à laver. Je vois passer des plats de viande grillée, des woks immenses où les piments se mêlent à l'huile, des morceaux de viande qui pendent aux plafonds, des poissons, encore des poissons, des petits poissons, des poissons argentés, des poissons frétillants, des demi-poissons au sang rose ; puis des légumes, des centaines, des milliers de légumes, des salades et des choux de toutes sortes, des radis immenses... je marche, je marche encore, je me retrouve sur la grande rue, et je finis par déposer mon linge à une petite boutique. Je le récupérerai demain, ce qui n'allège pas mon programme : j'ai rendez-vous au parc avec la petite fille à 10h, cours de Go de 16h30 à 19h30, puis je dois rentrer et reprendre mes vêtements avant 22h. Après, je dois préparer mes sacs pour prendre l'avion, puisque jeudi matin je vole vers Guiyang représenter la Belgique à un grand tournoi d'une semaine.
Bon. Comme d'habitude maintenant, je vais manger un grand bol de nouilles au resto d'à côté. Je commande le même plat qu'hier et - quelle audace !! Je tente de lire le nom à voix haute. Les serveuses attroupées autour de moi m'aident ; il s'agit de nouilles à la cucurbitacée du Sud. Moi ça m'étonne parce que la cucurbitacée de l'Ouest, xigua, c'est de la pastèque ; alors celle du Sud ça doit être du melon ou un truc comme ça, et ça se saurait s'il y avait du melon dans mes nouilles, non ? Une serveuse se précipite dans la cuisine et ressort, au bout de quelques secondes, avec une petite citrouille en main. Eh bien, je ne me serai pas levée pour rien !
Il y a deux moments dans ma journée où mes lunettes s'embuent. Le premier, c'est quand je sors d'un taxi ou d'un endroit bien climatisé et que je me retrouve soudain dans la chaleur épaisse et moite du Grand Extérieur. Le deuxième, c'est quand, le soir, je commande mon bol de nouilles, et que j'observe fascinée les petits légumes qui nagent dans le bouillon brûlant. J'a-dore.
En sortant du restaurant, je vole un cure-dents. C'est très mal. Mais ce n'est pas pour me curer les dents : c'est pour écrire les caractères sur mon nouveau dictionnaire de traduction électronique. Ca, c'est parce que le gros dico chinois-français, c'est trop loooourd !!! Désormais je sais traduire plein de trucs entre le chinois, l'anglais, le français, le coréen, le russe, le japonais, et je sais plus quelle autre langue. Même que si je fais pas gaffe je me retrouve avec tous les titres et les menus en coréen et c'est pas pratique du tout !! Voilà, maintenant je suis à l'appart, et je continue de lire "jia" de ba jin et ça va beaucoup plus vite avec mon nouveau petit jouet.
18 août 2009
Shanghai, le 17 août
L'appartement où je loge n'a pas la clim. Ca peut vous paraître anodin mais quand on se réveille la nuit trempée de sueur pour enlever une robe de nuit qui sert d'éponge, c'est beaucoup moins amusant. En plus, il n'y a pas de frigo. Alors quand j'ai eu fini de prendre ma douche glacée et que j'ai coupé ma petite pastèque pour déjeûner, j'ai eu la mauvaise surprise de la trouver molle et écarlate ; elle avait un goût de fermentation. J'ai dû la toute jeter et, dépitée, me rabattre sur un snickers, qui avait d'ailleurs fondu dans son emballage. Je suis partie pour la station de métro avec une sale nausée mais la certitude de trouver au numéro quatre des gens avec qui jouer. Pas de chance Marie... Les concierges m'expliquent à grand-peine qu'il n'y a plus personne pour jouer au Go, juste des ordinateurs. Dans mon petit carnet, il reste une adresse : le Palais Culturel des Ouvriers, bâtiment trois. J'arrive dans une grande cour où deux dames font du taijiqian. Autour de moi, des bâtiments de sport, une salle de danse... Finalement c'est au troisième étage du bâtiment 1 qu'on peut jouer, mais uniquement le soir.
Dépitée, je marche au hasard, étouffée par la chaleur et les mauvaises odeurs qui flottent dans Shanghai ; je traverse sans le vouloir un marché de poissons. A côté des pauvres bêtes argentées qui frétillent encore, on trouve dans des filets posés par terre des grenouilles, des crabes, de grosses crevettes encore vivantes, des canards à moitié morts. Je maîtrise ma nausée comme une pro et je me retrouve dans une autre rue, toute poussiéreuse, des ouvriers me hèlent tandis que je passe sous un grand échaffaudage en bambou. J'en ai déjà marre de Shanghai. Ca pue. Je veux revoir Guilin et rentrer à la maison. Et puis c'est même pas vrai cette légende selon laquelle on peut jouer au Go partout avec n'importe qui. Je veux manger du pain frais. Je veux revoir mes amis. Je veux marcher dans la rue sans transpirer. Lasse, je cherche une station de métro. Au hasard, je prends une autre rue, et mon regard est attiré par des arbres qui dépassent d'un joli mur. C'est un petit parc. Bah, c'est toujours moins pire que de rentrer bredouille, il doit être 10h, autant aller voir. Le parc est adorable, très bien entretenu, fleuri et spacieux ; il y a beaucoup de gens qui dansent et fon de la gymnastique. Je m'assieds sur un banc pour laisser passer le temps, quand une pancarte attire mon attention : ??? - "Institut de Go". Bizarre dans un petit parc, non ? Bon, je suis la flèche, et j'arrive dans un coin où il y a plein de gens qui jouent aux cartes. Je demande où je peux jouer au Go, et on m'indique une toute petite maison blanche de deux pièces. Là, il y a des tasses de thé, plein de gobans, quelques ordis, des ventilateurs et un monsieur qui a de longs cheveux. Je lui demande s'il sait jouer ; il rit. On joue une partie à égalité et je le bats de peu. Puis on joue à handicap progressif et il me fait mettre jusque six pierres ; j'apprends qu'il est 5 dan et enseigne le Go dans cette maison. C'est le seul endroit où on peut jouer toute la journée à Shanghai. Par la porte ouverte, on peut voir un morceau du parc et entendre des Chinois qui chantent des airs d'opéra. Ceux qui ont le temps, souvent des retraités, aiment se retrouver dans des parcs pour jouer aux cartes et aux échecs, danser, chanter, faire de la muscu, se promener, boire du thé...
Allez, je vois des joueurs de Go qui froncent les narines. Voilà l'adresse de mon petit coin sympa :
???? : ????350? (Parc de Penglai). Apparemment le prof tient une permanence tous les jours et donne cours les jeudis et dimanches.
Bon, mon professeur en a eu marre de jouer au bout de quelques heures, et je me suis retrouvée face à un passant, un monsieur de mon niveau qui ne parle que Shanghaien. Qu'importe : dès que la première pierre est posée, le langage des yeux nous suffit.
Pour le dîner j'ai enfin faim. J'avale un truc pas terrible au resto du coin, puis je veux sortir, puis je veux rentrer : dans la rue devant la porte, il y a des gens qui se battent. Certains ont des vêtements d'ouvriers, d'autres sont torse nu. Certains sont armés de chaînes, de pelles, de pioches... il y a une dame qui se déchaîne avec un marteau sur un jeune homme torse nu, on dirait qu'elle veut le tuer. Un policier qui essaie de les arrêter arrache une partie de son short. Je rentre en hâte me cacher derrière la porte vitrée du restaurant. Les badauds s'attroupent ; la police parvient à arrêter ceux qui ont des armes, mais les autres continuent à se battre, je vois passer un coup de pied digne de Jet Li. Finalement, un corps tombe par terre et s'immobilise après un soubresaut. C'est celui de la femme au marteau. Le silence et la poussière se reposent sur le sol gris. Il y a encore des badauds qui viennent s'attrouper ; moi, je rentre dans le petit parc tranquille, je retourne à l'institut de Go et, un peu paniquée, j'essaie de tout raconter au prof. Il ne comprend rien mais m'offre une partie et l'après-midi reprend son cours, paisible et agréable.
Plus tard, une petite fille arrive, elle parle pendant un quart d'heure avec le prof comme s'il était son père, puis ils jouent. En fait, c'est son prof. Elle apprend le Go depuis deux semaines, elle s'appelle Sendi, elle est adorable et parle un peu anglais. On va se promener dans le jardin, elle me montre la colline et les petits chemins secrets, elle me cueille une fleur. Quand elle apprend que je suis Belge, elle me pose sept fois de suite une question qui semble l'intriguer beaucoup : ????,???????????????,??????????????. Moi ça me semble bizarre, je lui fais écrire la phrase, et au bout d'un certain temps il me semble qu'elle me demande s'il est vrai que tous les mercredis soirs les Belges posent leurs poubelles devant leur maison pour qu'elles soient emportées le jeudi matin. Je ne sais pas si elle s'inquiète de savoir si on vide nos poubelles ou si on le fait le mercredi soir.
Elle parle chinois avec lenteur et patience, et elle me comprend quand je lui parle, et puis elle me fait promettre de retourner au parc demain à 10h30. Puis le prof en a marre de jouer avec moi, il me met sur Tom pour que je joue en ligne, mais il reste quand même derrière pour me donner des conseils, alors qu'est-ce que ça change ?
Vers 18h, je reprends le chemin du Palais Culturel des Ouvriers (????????,????227?,1?3?;métro ligne 4 ???? sortie 2) pour voir s'il y a du monde qui joue au Go. Je peux en effet voir, à travers une salle de classe, un prof qui donne un cours très animé à une vingtaine d'enfants de 5 à 7 ans. Il y a aussi quelques jeunes et, au fond de la classe, les parents des enfants qui surveillent le cours et veillent de loin à la discipline et au bien-être de leur petit. J'essaie de regarder discrètement par la petite fenêtre de la porte sans oser déranger le cours, mais un enfant me repère et à peine eus-je le temps de lui faire signe de ne rien dire que la porte était ouverte. Prise au dépourvu, j'ai bégayé à l'oreille du prof un truc qui devait ressembler à "Puis-je vous donner des cours de Go ?" et à sa tête étonnée je me suis rattrapée. Il m'a envoyé au fond de la classe et a demandé à tous les élèves de me souhaiter la bienvenue. Brouhaha, regards scrutateurs, des enfants crient "hello" dans un anglais irréprochable. Apparemment, le cours commençait à 16h, mais je ne suis pas la seule à arriver en plein milieu. Le prof montre des exercices et commente une partie avec beaucoup d'emphase, et il passe entre les bancs pour voir si on suit bien sur notre goban. Il raconte beaucoup de choses, je n'en comprends aucune ; de temps à autre toute la classe répète des petits proverbes de Go mais dans ma tête ça se traduit par des énigmes du genre "Si trois lapins dans la baignoire, alors mais non." Finalement, je vois tous les élèves ranger leurs pierres et le prof se dirige vers moi. Il veut m'expliquer les règles ; je le rassure et lui demande simplement la permission de suivre ses cours. Il refuse que je le paie. Bon, j'y retourne mercredi à 16h30.
Ensuite, il tire un élève par les oreilles jusqu'à mon plateau et nous fait jouer à égalité. Entouré de ses parents, le pauvre petit marmonne tout seul, il dit qu'il n'est que 4k et ne fait pas le poids - ce qui est à mon goût justifié ; de temps à autre je l'entends s'écrier en chinois "Mon dieu !" et cruellement, je trouve ça amusant. Mais ça devient de moins en moins rigolo au fur et à mesure de la partie. Ses parents crient pour qu'il joue plus vite, et quand tout s'achève, le prof arrive ; il abandonne lui-même pour son élève et lui dit de me remercier. Le pauvre garçon est figé. Le prof le frappe du bout de son éventail. Le petit est au bord des larmes. Moi, je ne sais plus quoi dire. Me taire ? Dire que ce n'est rien ? M'excuser ? Les parents en rajoutent... Finalement, il s'incline, alors je m'incline aussi et on se quitte.
Il est passé 8h et je commence à avoir faim - on mange plutôt tôt ici d'habitude. Je rentre à l'appart et reprends un bol de nouilles avant d'aller dormir. De nouveau, je crois que j'ai un peu progressé en chinois aujourd'hui.
Shanghai, le 16 août
Ce matin, j'ai été réveillée à 6h30 par le guide qui m'a demandé de descendre. Trente secondes plus tard, j'étais en bas, et il m'a dit que je pouvais retourner me coucher. J'aurais bien eu envie de dormir jusque midi, mais j'étais trop nerveuse à l'idée de me balader seule dans Shanghai donc j'ai fini par me lever pour mettre fin à ce bête état d'attente. Petit déjeûner : j'ai avalé un ravioli, deux tasses de thé et un jus d'orange. Impossible de me mettre quoi que ce soit de solide dans le ventre. Tout ce qui tombe dans mon assiette me répugne. Alors je sors, je prends un taxi et je vais à Nanjing Lu. Un proverbe chinois dit ceci de Nanjing Lu : les dames préparent leurs yeux, les hommes prépartent leurs portefeuilles. Mais comme mon homme dort à l'autre bout du monde, moi je me balade longtemps, sans trouver ce que je veux. Je cherche un dictionnaire électronique. Je regarde partout autour de moi, j'essaie de lire les caractères, je m'excuse en chinois lorsqu'on me bouscule. Au bout de deux heures, je me rends compte que je trouverai peut-être des dictionnaires à la librairie, mais il est déjà temps de rentrer à l'hôtel et rendre ma chambre. Puis je prends un taxi pour aller à l'adresse que l'on m'a donnée pour l'appart. Le trajet dure plus de vingt minutes : je suis bien loin du centre !
En fait, j'habite dans un attroupement de buildings tous les mêmes. J'arrive au rendez-vous une demi-heure à l'avance, mais la gentille dame qui est venu m'apporter la clé m'attend déjà. Elle monte, me montre tout, balaie, nettoie, et me dit de regarder la télé. C'est un peu gênant. L'appart est super grand et super classe, et je me retrouve toute seule pour me faire à manger et vivre pendant quinze jours comme si j'étais une vraie chinoise. Enfin, dans cinq jours, je prends l'avion pour Guiyang...
Bon, donc je suis sortie de mon appart super classe pour aller me chercher à manger. Dans la cuisine il y avait déjà une gousse d'ail, donc j'ai acheté une pastèque et deux bouteilles d'eau, puis je suis allée au macdo du coin de la rue. Ca, c'est parce que je suis trop timide pour entrer seule dans un resto chinois, pour des raisons insondables. Au moment où j'ai poussé la porte, cinq serveuses m'ont crié en même temps "huanying huanying", moi j'ai rien compris parce qu'elles parlaient toutes à la fois, j'ai cru qu'elles voulaient dire que c'était fermé, puis je me suis rendu compte que non puisqu'elles avaient l'air accueillantes, et puis les macdos en Chine sont réputés pour être ouverts 24/7. Je me suis ensuite retrouvée entourée de quatre serveurs ne parlant que chinois, alors j'ai pris, dépitée, le menu du jour, qui s'est avéré ne pas être trop mauvais. Par contre, rien à voir avec un chicken burger ou un truc du style : il s'agissait bien de poulet, mais grillé dans une sauce aigre-douce, et accompagné de chou chinois cru. Quand la balayeuse est venue chercher mon plateau vide avec déférence, j'ai vu les regards fascinés des serveuses et j'ai compris ce que j'étais dans ce quartier où on ne trouve que des Chinois : l'Européenne Superstar. Trop la classe.
Plus tard, j'ai pris quelques adresses de clubs de Go (j'ai eu du mal à en trouver sur internet alors si vous en avez je suis preneuse) et j'ai voulu y aller en taxi. Coup de bol, je suis tombée sur un très gentil chauffeur qui parle anglais et m'a expliqué que le métro serait cinquante fois moins cher ; il m'a détaillé mon itinéraire avec les directions et les stations et tout... Je me suis retrouvée à Nanjing Lu, mais cette fois dans une toute petite ruelle. Ca peut vous sembler bizarre mais je vous explique : ici, les petites ruelles ne portent pas toutes un nom suspect comme "passage de josquin-des-prés" ou "impasse des trois manitous", sinon, personnes ne s'y retrouverait, cette ville est quand même deux fois plus peuplée que la Belgique ; alors pour donner les adresses on donne d'abord le quartier, puis la rue (qui est en général une grande rue facile à trouver), puis le numéro de la ruelle (les ruelles sont numérotées comme les maisons), puis le numéro de la maison dans la ruelle, puis le numéro de la pièce ou de l'appartement. Comme ils n'utilisent pas de virgule même les chauffeurs de taxi sont parfois perplexes devant une adresse. Enfin, c'est comme ça que ça marchait pour celles que j'ai croisées pour le moment ; nulle doute qu'il existe aussi des "ruelles de l'ouvrier méritant" ou autres "chemins de la piété filiale". Par exemple, les clubs où je voulais aller portaient cette adresse :
1) ????591?4?, c'est-à-dire Ouest de la Route de Nanjing, ruelle 591, numéro 4
2) ??????809?415?, c'est-à-dire quartier de Jing'an, Route de Changde, numéro 809, salle 415.
C'est pas compliqué hein ? Mais bon, quand je suis arrivée à la première adresse, j'ai vu par la porte grande ouverte une vingtaine d'hommes qui suivaient un entraînement de kenjutsu. Il m'a fallu un certain temps pour réaliser que la porte à côté portait aussi le numéro 4, alors je suis allée voir, et c'était un magasins d'accessoires quelconques et de sodas. La porte suivante, qui portait aussi le numéro quatre, était un magasin pour les arts martiaux. La porte suivante était l'entrée d'une école de wushu. Et la dernière porte ouvrait sur une grande cour où deux concierges m'ont confirmé qu'il y avait des gens qui jouaient au Go à cet endroit, c'est-à-dire au numéro 4, à partir de lundi 8h30. Donc demain, je me lève tôt.
Bon, après j'ai essayé d'aller à l'autre bâtiment, mais tout le coin est en travaux et il n'y a pas de maison entre le 743 et le 957 donc tant pis pour moi. Pour me consoler, j'ai acheté trois carottes, un snickers, une petite bouteille de jus d'orange, et je suis rentrée dans mon quartier. J'ai envisagé sans envie le macdo qui a pas de salade, puis je me suis décidée à entrer dans un petit resto de nouilles. De nouveau, l'effet superstar : le chef a sorti son appareil photo pour immortaliser l'image d'une Européenne dans son restaurant. Je m'attendais vraiment pas à ça, surtout dans une ville aussi cosmopolite que Shanghai.
J'ai pris un plat au hasard et ça s'est avéré être un immense bol brûlant de bouillon où trempaient des nouilles très épaisses, trois fines tranches de viande de boeuf et quelques feuilles de chou de Shanghai. C'était bon, mais c'était brûlant, alors j'ai englouti une bouteille de minute maid chinois - une bouteille de plus... Comme l'eau du robinet n'est pas du tout digeste pour les Européens, je suis obligée de m'acheter tout le temps des bouteilles. Je n'aime pas du tout penser au poids écologique de ma soif. Et puis le coca chinois est vraiment pas bon... Les minunte maids sont pas mauvais, c'est une sorte de jus d'orange coupé à l'eau et très sucré, ça se laisse boire. On trouve aussi du sprite et des thés froids, mais j'aime pas trop ça. En définitive c'est l'eau qui se boit le mieux, l'eau c'est le mieux quand on a chaud, et ici il fait très chaud, d'ailleurs, je me ruine, une bonne partie de mon budget file dans les boissons.
Bon, donc je suis encore encore toute seule dans ce grand grand appart, et j'ai plus rien à faire. Demain matin, je me lève tôt, et je pars en immersion totale, probablement pour suivre des cours ou me faire massacrer par des petits Chinois. Globalement je suis assez fière de ma journée : j'ai bien parlé chinois, j'arrive même à me faire comprendre du premier coup la plupart du temps ; mais les Chinois sont obligés de répéter tout ce que je dis parce que je parle avec un accent de patate, c'est dommage parce que dans ma tête je connais les tons et la prononciation, mais mon stress embrouille tout et quand je réécoute mon message après je me dis que je ne suis qu'une mauvaise débutante. Mais bon, j'écoute la radio, je regarde la télé, bientôt je parlerai mieux chinois =)
Et puis si Shanghai me semblait plutôt effrayante et hostile, ça a changé au fur et à mesure de mes balades. De ma fenêtre certes je ne vois que des buildings dans toutes les directions, j'entends des bruits de travaux et de klaxons, mais il faut se faire une raison ; il y a une partie du monde qui vit dans les collines verdoyantes et ne croise que de blancs moutons ; il y a une autre partie du monde qui vit dans les bâtiments grisonnants et croisent des commerçants partout. Vivement quand même les vacances que je retourne à Guilin...
16 août 2009
Hangzhou, le 15 août
Ce matin après le petit déjeûner, nous avons quitté Hangzhou pour venir à Shanghai. C'est ma dernière journée avec le groupe de joueurs de Go français ; ensuite, je serai livrée à moi-même. De prime abord Shanghai n'est pas une ville superbe : pas de beau paysage ou de bâtiment ancien, juste des buildings, des chantiers et des bâtiments en construction. On voit ici beaucoup plus qu'ailleurs la marque des intrusions étrangères : Shanghai est une ville tout à fait internationale.
Pour le dîner, on a goûté à la fondue chinoise de Hong Kong. Ca n'a rien à voir avec celle de Guilin et ce n'est pas du tout aussi bon. On a chacun devant soi sur un réchaud une petite casserole d'eau où trempe une sorte de haricot au goût stupide. On peut aller choisir une sauce et des condiments parmi des dizaines de pots, et puis une serveuse apporte des ofnis et les plonge dans nos casseroles. Il y a des drôles de raviolis, une omelette, des beignets fades, une lamelle transparente glissante et louche, et des noeuds papillons vert bouteille. Les haricots au goût stupide aromatisent vaguement le tout, mais globalement, je ne trouve pas ça très bon. Après, il y a du riz, du chou chinois des deux sortes (de Bejing, c'est le chou chinois que l'on connaît, et de Shanghai, doux et vert sombre, qui ressemble à une grandde feuille d'épinard). Les serveurs apportent de fines tranches de porc qu'on peut mettre bouillir dans l'eau. Sur la table, on trouve aussi des pyramides de salade et de concombres râpés garnies de tomates cerise. Elles sont recouvertes d'une sauce blanche qu'on a du mal à identifier. Mayonnaise ? Fromage fondu ? On finit par goûter, et à notre grande surprise, il s'agit d'une sorte de sauce anglaise, ou une sauce blanche aromatisée à la vanille, enfin une association suspecte. Rien à faire, je préférais la fondue de Guilin.
Nous sommes ensuite allés nous installer dans notre dernier hôtel, puis certains ont choisi de dévaliser un magasin de Go tandis que d'autres visitaient une grande librairie chinoise dans la rue commerçante de Shanghai, Nanjing Lu. La librairie consiste en un grand bâtiment de sept étages rassemblant des ouvrages en tous genres ; j'y ai acheté un livre de go et un livre de contes bilingues (que j'ai pris beaucoup de temps à trouver). En voyageant dans les rayons de langues étrangères, j'ai été impressionnée de voir le genre de romans britanniques que lisent les Chinois : sur plusieurs rayons s'étalaient des livres des soeurs Brontë ou du même genre. C'est bizarre, non ? J'aurais peut-être dû y prêter plus d'attention.
Ensuite, nous sommes allés m'acheter une carte de téléphone pour joindre la personne qui m'ouvrira l'appart demain. Ca a été plus compliqué que prévu, mais finalement, j'ai rendez-vous à 13h devant l'appart qui m'hébergera pour les jours à venir. On est ensuite allés voir le Bund, près du centre de Shanghai ; du pont, on peut admirer les trois plus grandes tours de Chine (la tour de la télévision, le décapsuleur géant et le plus grand hôtel du monde). Alors qu'on les admirait, la nuit est tombée et tout s'est mis à clignoter de toutes les couleurs, c'était assez joli. Je dois admettre que la grisaille à l'infini que m'avait présentée Shanghai au début s'est un peu estompée et que j'ai trouvé la vue charmante. Mais au moment de passer à table, tout le stress du voyage en solitaire m'est retombé dessus. Demain, me balader seule à Shanghai, trouver l'appart, m'y faire une petite place, trouver des points de repère dans le quartier, acheter un dictionnaire de traduction électronique sans me perdre ni me faire arnaquer... Et cette fois-ci pas de carte d'hôtel ou de numéro d'urgence ; je suis seule dans la jungle. Je me rends seulement compte que je ne parle pas encore assez chinois pour me faire comprendre, et que par exemple je suis strictement incapable de passer un coup de fil en chinois. J'étais donc assise à table, mes baguettes attrapant mécaniquement tout ce qui roulait devant moi, dépourvue de tout sens du goût ; mes gentils compagnons avaient beau me rassurer, rien n'y faisait. Plus tard dans la soirée, j'ai eu une raison de plus de stresser : je n'arrivais pas à retirer de l'argent. Fan m'en a prêté un peu, mais ce n'est pas une solution à long terme. J'espère que c'est le terminal qui a un problème, et pas ma carte visa. Bon.
Fan a joué contre quatre d'entre nous en simultanée. J'ai perdu, mais je ne suis pas trop déçue de mon jeu ; ce que j'ai mal joué, je l'ai mal joué parce que j'étais stressée, non seulement à cause de la partie (je n'ai pas beaucoup joué depuis mon départ), mais aussi à l'idée de me retrouver seule demain. Enfin, j'arrête d'en parler et je vais dormir maintenant... Dormir sur mon pauvre petit coeur qui bat la chamade.
Hangzhou, le 14 août
Ce matin, une bonne surprise nous attendait au 34e étage : pour le prix d'un petit déjeûner européen, nous pouvions manger plus qu'un petit déjeûner européen. Un grand buffet nous offrait à volonté fruits frais, jus de fruits (des vrais), petit déjeûner anglais, pâtisseries et petit déjeûner chinois. Après avoir passé si longtemps à se forcer à avaler des nouilles froides, des légumes aigres, des brioches sèches et de la pastèque ramollie, c'était un vrai bon petit déjeûner avec service impeccable et panorama sur le quartier neuf de Hangzhou. Dans ce coin, les bâtiments sont tous modernes (le centre de Go a deux ans) et construits avec art plutôt que sens pratique. Ca fait un peu ville futuriste.
Mais après le petit-déjeûner, on a roulé jusqu'au lac qui occupe le centre-ville ; entouré de nombreux jardins, temples et pagodes, et traversé de bateaux-mouches, couverts de lotus et rempli de poissons rouges, le lac, immense et vaporeux, est un coin idéal pour les balades et les photos. Les parcs sont fleuris et entretenus avec soin ; on trouve même des dames accroupies sur le sol occupées à ramasser dans un panier toutes les feuilles tombées des arbres. On trouve beaucoup de saules pleureurs, dont les branches sont soutenues par des troncs de bambou pour résister au typhon, et des cyprès, des choses comme ça. Tout est très joli et très propre. On prend un bateau-mouche pour traverser le lac ; il y fait encore plus humide qu'ailleurs, on transpire à grosses gouttes, mais le paysage est agréable à regarder. Sur les collines qui surplombent le lac, couvertes de forêts, se dresse de temps à autres une pagode ; on est tout près de la pagode du serpent blanc, sous laquelle est enterré un serpent blanc. On raconte que sa femme a déployé de nombreuses stratégies pour le rejoindre et le libérer, mais a terminé elle-même enterrée sous le temple et séparée de lui, c'est trop triste. Il y a aussi une histoire avec un pharmacien, un pont et un parapluie rouge. J'aime bien cette manie des Chinois à donner des noms d'animaux à leurs pagodes, c'est comme si je renommais l'église St-Léger en "église du petit canard".
Avant le dîner, nous nous promenons autour d'un morceau de fleuve, couvert de lotus en fleurs ; on peut observer des petits canards et discuter des moeurs des Cantonnais, qui mangent tout, vraiment tout. On croises plusieurs couples qui viennent faire ici leurs photos de mariage. Les Chinoises ont l'habitude de se marier en rouge, ce qui est très joli et leur va à merveille, mais depuis peu avec l'occidentalisation de la Chine on en trouve de plus en plus qui se marient en blanc, ce qui est très joli et leur va à merveille.
Au dîner on nous a servi des ananas en caramel. C'était trop chaud au début et puis c'était trop dur à décrocher de l'assiette avec les baguettes alors la superserveuse est venue avec des pincettes magiques et elle a décroché les morceaux en maugréant "re de shihou, re de shihou" (quand c'est chaud, quand c'est chaud).
Ensuite, nous sommes encore allés visiter un très grand temple bouddhiste. Cette fois, le guide nous donnait de nombreuses explications, ce qui rendait la visite beaucoup plus intéressante. Autour du temple il y a encore un immense jardin et un ruisseau et des grottes avec des statues de bouddhas que les gens prient pour avoir de l'argent et des enfants. Si Guanyin, le bouddha qui donne des enfants, accède à leur prière, ils doivent aller donner beaucoup d'argent au temple pour la remercier, d'où l'utilité de l'autre bouddha qui donne beaucoup d'argent. Pour prier ce bouddha-là, il faut le toucher trois fois avec une main (la gauche pour les hommes et la droite pour les femmes ou le contraire), une fois pour dire qu'on le respecte, une fois pour dire qu'on veut beaucoup d'argent, une fois pour le remercier, puis on met sa main dans sa poche et on la lave plus jusqu'au lendemain.
Dans la première pièce du temple il y a les quatre dieux des quatre points cardinaux et le plus chouette c'est celui de l'est qui sourit et joue de la musique. Il y a aussi le bouddha souriant, qui est très gros et très souriant, et un autre bouddha dont j'ai oublié le nom. Les bouddhas sont assis alors qu'avant, ils étaient debout. C'est parce qu'un jour, Zhu Yuan Zhang, un petit orphelin balayeur de monastère, s'est plaint à voix haute que ces bouddhas encombraient toujours son chemin en étant debout dans la salle qu'il balayait, et leur a ordonné d'aller se chercher des chaises. Les Bouddhas, qui savaient que ce jeune homme prendrait le pouvoir et fonderait la dynastie Ming, sont allés chercher des chaises et se sont assis. Depuis, les Bouddhas sont assis.
On s'est parfois posé la question du respect que devait montrer l'empereur vis-à-vis de Bouddha. Il était délicat pour les fonctionnaires de demander aux statues de se mettre à genoux devant l'empereur, mais il était aussi délicat de demander à l'empereur de se mettre à genoux devant Bouddha ; on a alors décidé que l'empereur était roi sur Terre, et le Bouddha roi dans l'au-delà, si bien qu'ils pouvaient converser assis d'égal à égal. On s'est aussi posé la question du sexe de bouddhas. Bien qu'il soit parfois très clairement indiqué par la statue, en règle générale, les bouddhas sont de sexe mixte : l'homme est sale et la femme est imparfaite, l'être idéale est à la fois homme et femme.
Donc après il y avait un grand bouddha (sakhramoni ou un truc comme ça) et puis derrière un bouddha des mers (Hangzhou était un village de pêcheurs), en fait Guanyin qui marche sur une tête de poisson (ça sonne familier ?), et deux bouddhas des étudiants, et puis des escaliers, une fresque, un musée... Il y avait aussi une petite salle de prière à droite dédiée à Ji Gong, un moine que les autres moines méprisaient, qui buvait de l'alcool et mangeait de la viande, et qui était pourtant tout maigre et habillé pauvrement ; il se baladait dans la rue pour aider les gens, il aidait beaucoup de gens, il était très populaire, et c'est toujours le cas, il est plus connu que Sakhramoni, voilà.
Après, on est allés se faire arnaquer dans le village du thé. C'est le village le plus riche de la province de Hangzhou. Les collines sont couvertes de plantations de thé en étages bien alignés, c'est très joli. La plupart des paysans ont aménagé leurs demeurs en maisons de thé où leurs femmes organisent dégustation et vente de thé. On a eu un petit cours sur les thés : il existe trois saisons pour récolter le thé vert (printemps, été et automne), et le meilleur est celui de printemps. Le thé noir est en fait un thé vert fermenté. Je n'aime pas trop le thé vert (même si celui-là était très bon), alors on m'a fait goûter un thé noir au lychee qui m'a fait perdre la raison ; j'en ai acheté pour 20€ et on m'a confirmé par la suite que c'était de la vraie arnaque. Mais c'est un très bon thé. Il y avait aussi une boutique avec des oreillers de thé, des bonbons au thé, et des souvenirs pour touristes.
Pour le souper, nous avons été invités par le centre de Go ; mais comme le nombre de places autour d'une table est limité, c'est Fan et Fred qui sont allés manger (et boire!) avec les Chinois, tandis qu'on restait entre nous. Mais une amie de Christophe qui travaille au centre de Go est venue nous tenir compagnie et nous avons finalement passé un très agréable moment avec elle. Elle m'a même invitée pour un tournoi en novembre à Hangzhou et j'espère pouvoir y aller. Elle nous a parlé d'un voyage imminent aux alentours du Tibet pour y trouver des traces des premiers gobans et des premières pierres (ce qui s'avère difficile à trouver parce que les pierres s'érodent et se brisent avec le temps) pour le musée du centre de Go.
Nous avons passé la fin de la soirée au bord du lac avec un joueur businessman chinois et nous avons parlé de choses et d'autres, de situation sociale, de code de la route, d'impôts, de sécu, de multinationales, ce genre de trucs. C'était chouette.