10 août 2009

Guilin, journal de bord : le 10 août

On est dans un hôtel super cette fois, petit déjeûner continental, grande piscine, bon restaurant, l'hôtel est tellement bien qu'ils ont replié mon pyjama en faisant ma chambre, et ça c'est chouette =)

Nous sommes partis en bateau sur la rivière Li, "la plus mignonne sous le ciel" (d'après la guide). La rivière serpente avec élégance "tel un ruban de jade" (poème chinois) et les superbes paysages que l'on peut admirer ont d'ailleurs inspiré de nombreux peintres et poètes chinois. Les collines au crâne rond et touffu s'attroupent de tous côtés; des mains vertes monstrueuses à cent doigts surplombent le bateau sur la rive ; ce sont des haies de bambous, immenses et splendides derrière les petits palmiers ridicules. Bambou signifie "queue de phenix" en chinois.

Lorsque les collines dégringolent en falaises tout contre la rivière, de petits buissons s'y agrippent avec courage. Les pans de roche vertigineux et les plages de galets sont les seules taches grises entre les nuances de verts et de bleus qui s'étalent jusqu'à l'horizon. De temps à autre, on croise un buffle égaré, quelques chèvres blanches, des cormorans ou une tribu de canards. On croise aussi quelques radeaux de fortune et des petits villages de pêcheurs. Assise à la proue du bateau, je contemple le paysage ; la guide me rejoint parfois pour me signaler une grotte, une colline, ou un paysage tellement beau que les Chinois leur ont attribué des noms.

Arrivés à Yangsu, nous sommes tout de suite entourés d'attrapes-touristes. Yangsu est une ville de 30 000 habitants, dont 15 000 commerçants. Mais ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les pyjamas 100% fausse soie bariolés ; au bout de la grande rue, on peut louer des vieilles camionettes électriques sans carosserie ni fenêtres, qui nous emportent vers les petits chemins de terre de la campagne profonde. C'est l'occasion  d'admirer, devant l'horizon déchiqueté et érodé, les rizières et les arbres fruitiers qui s'étendent à perte de vue. La zone rurale a ceci d'étrange que les champs n'y sont pas clairement délimités par des clôtures ; j'imagine qu'une loi coutumière détermine qui récolte quoi. J'avais peur que notre tour ne donne l'impression aux paysans chinois qu'on vient les narguer du haut de notre  bien-être occidental, mais ils ont l'air d'avoir l'habitude. Le paysage est d'abord désert ; mais la première paysanne qu'on croise, une bossue qui repique du riz, saute sur une moto dès qu'elle nous voit passer. Elle vend des cartes postales. Plus loin, une autre se fait payer pour être prise en photo avec son buffle. Ce sont des vieilles édentées, "authentiques" comme tout bon touriste les aime, et elles l'ont bien compris. Il est dès lors difficile de faire une halte pour admirer le paysage sans être entourés de vendeurs ; à un moment, une dame et sa fille nous suivent en moto tellement longtemps qu'on finit par acheter à la petite des cartes et un porte-clefs. Le voyage a été ensuite plus calme, et nous pouvions descendre à notre guise pour admirer les paysages, les fleurs sauvages, les rizières, les orangers, les pamplemoussiers, les mandariniers, les chataîgnes d'eau, les potagers de courges, les maïs qui se fanent (c'est déjà l'automne ici), les jacinthes d'eau, puis les petits villages, les vieilles fermes... Ici, les gens se retrouvent dans la rue pour jouer ou bavarder ; on trouve quelques échoppes aussi, mais elles ne vendent que des fruits et des légumes.

A Yangsu, j'achète quand même un pantalon et des ptits-trucs-pour-mettre-sur-le-faux-sac-kipling-dont-le-singe-en-plastique-était-trop-laid, puis nous rentrons à l'hôtel pour une petite heure de piscine avant le souper.

Dans la soirée, la guide nous emmène au port touristique, où des petits bateaux font un tour pour nous faire admirer la ville. Une technique d'éclairage tout à fait mignonne consiste à placer des projecteurs de différentes couleurs dans les feuillages des arbres. La végétation couvrant la plupart des rives, le résultat est presque magique. Les pagodes de la Lune et du Soleil balisent notre point de départ ; elles sont illuminées et se dressent fièrement, l'une dorée, l'autre argentée.

C'est l'heure pour nous de découvrir que les Chinois peignent, écrivent des poésies et gravent des calligraphies à des endroits aussi incongrus que sous les ponts. Ca sent tellement le fait-pour-les-touristes qu'on en vient à se demander si les amoureux qui s'embrassent entre les buissons de la rive ont été payés pour se placer dans notre champ de vision. On peut admirer la technique de la pêche au cormoran : un homme debout sur un petit radeau lache autour de lui quatre ou cinq cormorans avec une petite ficelle autour du cou. Quand le cormoran pêche un poisson (souvent plus large que son cou), il cherche naturellement à l'avaler ; mais la ficelle est trop étroite et le cormoran, tout triste, remonte sur le bateau, le poisson calé dans son gosier. Il suffit alors que le pêcheur lui fasse recracher le poisson - de manière d'ailleurs assez brutale - et le renvoie à la pêche. Ca a l'air cruel, mais réflexion faite, je me rends compte que si le cormoran reste fidèle au pêcheur, c'est qu'il a des raisons de ne pas être si fâché que ça de son traitement.

Plus loin, on peut entendre des extraits de musique traditionnelle et d'opéra, sur des scènes que frôle le bateau. Ensuite un joueur d'une espèce de violon traditionnel à deux cordes qui ressemble avec une cora en plus petit vient jouer dans le bateau ; il joue quelques airs traditionnels chinois, puis des airs de tous les coins du monde que les touristes accompagnent en riant. C'est très amusant de constater que les Chinois trouvent que Frère Jacques ou l'Hymne à la Joie sont des symboles d'exotisme.

Pour rentrer à l'hôtel, il faut passer par le marché de nuit et résister, une fois de plus, à l'attrait des fausses pierrerie qui scintillent sous les lumières ; c'est un marché de nuit qui occupe toute la grande rue, à partir de 19h. On y trouve des mendiants, des pastèques, des bijoux fragiles, et des attrapes-touristes.

Je ne vous ai pas parlé des pastèques. Ici, on en trouve partout, les gens en vendent même sur les nationales où il n'y a personne ; dans la plupart des restaurants fréquentés par des Occidentaux, on peut se faire servir de la pastèque en guise de dessert. C'est une valeur sûre sur les tables chinoises.

Posté par edwondimariel à 19:15 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Guilin, journal de bord : le 10 août

    Les bibelots

    Mais comment peut-on être tenté par les bibelots que nous présentent des commerçants ? Ça m'est inconcevable.

    Posté par Bovido, 03 septembre 2009 à 14:54 | | Répondre
  • Ce n'est pas inconcevable

    J'ai étudié le processus : tu passes parmi 10 échoppes présentant chacune 90 000 bibelots sans intérêt, d'une laideur suprême ou d'un kitchissime ultime. Entre ces 90 000 bibelots sont dissimulés quelques 10 000 bibelots "achetables", du genre que tu ramènes pour faire plaisir à tante gertrude. Toi, en bon touriste, tu as la sensation d'être un champion parce que tu as détecté, entre les bibelots laids et sans intérêt, le bibelot unique, celui qu'il te faut - en fait, le seul qui ne te blase pas. Je suis à peu près sûre qu'il n'y a que les bibelots de la catégorie des 10 000 que les commerçants accumulent dans leurs stocks, et qu'ils ne présentent les objets sans intérêt que pour activer le procédé psychologique qui attire ton attention sur les autres.

    Posté par Shanti, 03 septembre 2009 à 16:44 | | Répondre
  • D'une je ne suis pas un bon touriste. Ne m'accuse pas ainsi.

    De deux, ta conception de la chose est intéressante.

    Posté par Bovido, 04 septembre 2009 à 14:55 | | Répondre
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